Accueillir au jardin (fleurs d'exils)

mercredi 31 mai 2017

Du vent, Tistou et une ruche


Des élèves de CP visitent le passage Beslay

Est-ce l'effet des vents forts des récentes semaines ?
Ou bien est-ce ce vent nouveau qui souffle dans le quartier Popincourt ? Ce vent qui réunit laïques et paroissiens pour rendre hommage aux moines de Tibhirine ? Celui qui regroupe tout le monde autour d'un banquet solidaire organisé par le Jardin partagé Truillot et la paroisse Saint-Ambroise, avec le quartier et ceux qui passent au square leurs jours et parfois même leurs nuits ? 

Oui. Ce doit être ce vent-là qui souffle aussi sur le Jardin des connaissances, disséminant ses graines un peu partout…


Tonton Demba avec Julia et Miguel (Le Carillon)

Raph posant les premières couleurs sur l'arbre 
du quartier qui sera fixé sur le mur de l'école Pihet

Leolu dessine le Jardin partagé Truillot et devrait nous rejoindre 
avec des oiseaux à peindre pour les ateliers dessins du Jardin des connaissances. 

Mais tout de même : vous avez vu la vitesse à laquelle les fleurs éclosent ? Une semaine ! deux, tout au plus ! C'est totalement aberrant, non ?!

A moins que…

A moins que ce vent-là porte la voix des comédiennes enchapeautées et que Tistou, du coup, s'en mêle et pose ses pouces verts sur les murs et dans les jardinières !




 



Je vous l'accorde, rien d'extraordinaire ici : ce printemps, on s'est habitués à l'arrivée intempestive de nouvelles espèces dans le passage Beslay  (ci-dessus, feuilles d'histégées). 

Mais, expliquez-moi un peu ce mystère : moins d'une semaine après le premier épisode du Feuilleton du Jardin des connaissances consacré à Tistou,un généreux massif de fleurs colorées surmontées d'une isolée blanche aux pétales bavards, a poussé sur le mur de la maternelle, côté rue de la Folie-Méricourt. Voilà donc le Jardin des connaissances qui déborde du passage, avec ces massifs de synopsées, ainsi nommées parce que la fleur blanche résume toujours les chapitres lus pendant l'épisode d'un feuilleton. A les regarder, on se dit que les gamins qui dessinent à l'issue de la lecture doivent eux avoir des pouces de toutes les couleurs !



Synopsées du premier épisode de Tistou. ©les enfants et ARySQUE

"Rhââ Lovely !", comme disait ce cher Gotlib, grand amateur de coccinelles comme nous autres, parce qu'en plus, ce n'est pas terminé. 

En effet, quelques jours plus tard, les travailleurs handicapés de l'Esat sont venus semer quelques graines dans les jardinières, et hop ! Non seulement elles ont germé rapidement mais, comme si cela ne suffisait pas, les enfants de six classes de l'école maternelle Beslay sont en ce moment en train de raconter sur des arbres, des feuilles et des abeilles en bois, ce qu'ils apprennent en classe ! 




 Dans la classe des petits et moyens de Valérie (école Beslay), 
présentation du projet aux enfants avant l'atelier de peinture

Avec les centres de loisirs,
 la classe de CP de Katia à Pihet, l'école le Petit d'homme et le quartier, ça nous fera 11 arbres et des dizaines de feuilles et d'abeilles en bois peint pour le Jardin et l'allée des connaissances ! 
Le premier a été commencé hier au banquet partagé… On essaie de le terminer aujourd'hui avec l'Esat !


 





Euh… désolée… Je n'ai pas fini. 

Je sais que je suis un peu longue mais… vous ne savez pas l'essentiel. 
Parce qu'en fait, le Jardin des connaissances ce n'est plus simplement un jardin peint et planté dans le passage Beslay. 
Désormais, nous y avons une ruche de bonnes volontés dont les abeilles se baladent. Elles butinaient déjà pas mal au jardin partagé, mais là, elles se sont carrément installé et, régulièrement, ça bourdonne. 

Qu'on se le dise : désormais les Feuilletons du Jardin des connaissances se tiendront les samedi matin à 11h15, dans le jardin des moines de Tibhirine, devant l'église Saint-Ambroise (et à La Librairie La tête ailleurs, s'il pleut). 
Assis dans l'herbe, on écoute les comédiennes raconter l'histoire de Tistou en parlant quelquefois avec les oiseaux. Ensuite, on décore des fleurs et des feuilles qui poussent sur les murs du passage Beslay. 



Veronika Ovchinikova résume l'épisode 2

Anne Brissier et Véronika

Avec Solange Wotkiewicz, lecture du troisième épisode

Ainsi, notre ex-triste passage prend peu à peu des couleurs. Serait-on sur le point de gagner ce pari fou? Faire de ce lieu un espace d'expression partagée pour tout un quartier? Voyez, là, tout en haut de ce long article, comme des enfants de CP de l'école Froment venus nous rendre visite à Truillot et Beslay hier matin, s'amusent à découvrir les tables de multiplication sur les mathématicées ?!

Alors vous aussi, venez de temps en temps dans le passage Beslay et cherchez les nouvelles traces que laisse le vivre-ensemble en mode quartier Popincourt.

Et venez nous voir aussi au Jardin partagé. 
Même si nous ne sommes pas là, vous avez de grandes chances de rencontrer Demba qui vous expliquera l'essentiel. Le plus souvent, vous le trouverez dans la bibliothèque de Tatie Amélie, partagée bien sûr, et mitoyenne à la cabane du jardin.

mardi 16 mai 2017

Passage des poètes…



Quelle semaine dans notre petite portion du quartier Popincourt ! 

Elle a démarré sur les chapeaux de roues avec un rendez-vous dès le lundi matin pour organiser les prochaines semaines de collaboration avec les travailleurs handicapés de l'Esat
Dans la foulée, il a fallu récupérer les silhouettes en bois découpé : à l'aide d'un diable, je descendais donc deux fois la rue Popincourt et la remontais chargée d'arbres et de feuilles que les passants suivaient d'un regard intrigué. 
En parallèle, on créait, on imprimait et on diffusait les flyers et les affiches pour le premier Feuilleton du Jardin des connaissances. Dans le même temps, on organisait un pique-nique pour la fin de semaine dans le jardin partagé Truillot avec une classe de l'école Le Petit d'homme. A cette occasion, nous devions ouvrir le premier atelier dessin du Jardin des connaissances et j'avais encore un peu de pain sur la planche.

Mercredi, nous nous sommes mis à l'ouvrage dans le passage. 
Au matin, nous nous sommes retrouvés avec les travailleurs de l'Esat. Accompagnés par leur éducatrice Suzon, ils étaient quatre, entabliés et gantés, ponçant à qui mieux mieux les jardinières du fond. Il y avait là :


  

Initialement, nous avions prévu de peindre les bacs la semaine suivante avec les enfants ; mais, sortis l'après-midi pour quelques collages, ces derniers n'ont pas résisté en découvrant que les jardinières étaient prêtes à peindre. Ainsi, pendant que l'on collait sur les murs les prénoms de ceux qui avaient préparé le travail le matin, un petit groupe est retourné dans l'école, a pris quelques pots d'acrylique et en une demie-heure de petites mains armées de pinceaux et de rouleaux, l'affaire était pliée : vert, jaune, bleu, comme pour les bacs au sud du passage, ceux-là même où nous venions de planter les fleurs des quatre saisons créées par les enfants de la maternelle. 






Dans le même temps, avec les plus grands, nous nous sommes occupés des façades des écoles, en commençant par celle de l'école Pihet. 
Au nord, dans l'Allée des connaissances, nous avons poursuivi le mur des Droits de l'homme sur lequel fleurissent également, en un subtil mélange, les fleurs mathématicées. C'est qu'ici on se plaît à écouter le savoureux Rabelais : "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme".



Puis, côté Jardin des connaissances, j'ai lu aux enfants un poème du massif de fleurs versificacées qui avait poussé là : le massif Desnos et ses cinq fleurs-poèmes. 
J'avais choisi Les Hiboux et me suis amusée de voir les sourires grandir sur le visage des enfants à mesure que je répétais le son "hou" à chaque vers. 
Quand j'eus fini, l'un des garçons s'est exclamé : "moi j'aime trop celui de la foumi !". Alors comme ça, spontanément et en chœur, ils se sont mis à réciter "Une fourmi de 18 mètres avec un chapeau sur la tête…"   Certains, ceux qui savaient bien lire, s'aidaient discrètement de la versificacée contenant ce poème comme d'une antisèche et tous étaient ravis. Les adultes tout autant : les enfants aiment la poésie ? Et bien qu'ils s'en gavent dans le Jardin des connaissances !!!!



Un peu plus bas, sur le mur d'en face, celui de l'école maternelle avec ses petits carreaux noirs et gris piqués de rose pâle, une hirondelle rustique est venue voler au-dessus des poissons-poètes. A dire vrai, on croirait qu'elle plonge rejoindre son poisson-poète…



Au soir, bien sûr, nous sommes rentrés fourbus. 

Mais jeudi, je m'armais de bombes colorées. "C'était Paris sous les bombes" dans mon atelier où les silhouettes en bois s'entassaient un peu partout. Ici les arbres, ici les feuilles de chêne, de peuplier, d'érable, etc., là les abeilles.


Vendredi matin, à 11h30, l'atelier dessin du Jardin des connaissances était prêt à accueillir ses premiers créatifs : des enfants de CM1-CM2 de l'école du Petit-d'homme qui, depuis deux ans, travaillent sur l'arbre et auxquels j'allais demander de nous aider à créer notre jardin peint.



Ce fut un immense moment d'échange et de partage avec les enfants et ceux qui squattent ici, et notamment avec Raphaël, origamiste, qui avait accroché ses oiseaux et ses poissons multicolores à la treille fabriquée par Demba et les autres habitants du jardin. 
L'après-midi, Raphaël allait passer du temps — dans le square puis en classe après que l'orage nous ait chassés — à apprendre aux enfants à créer leur propre origami. 
En fin de journée, dans l'école du Petit d'homme, plein de petits poissons colorés étaient nés. J'espère qu'ils rencontreront bientôt les poissons-poètes du Jardin des connaissances.



Dans l'atelier dessin, on ne chômait pas non plus et, à la fin du jeu, j'emportais dans mon panier de bien belles feuilles de bois pour les murs du passage Beslay. Je n'eus qu'un seul regret : que la pluie soit arrivée avant que d'autres travailleurs de l'Esat aient pu peindre leurs feuilles et ajouter leur signature à cette œuvre plurielle qu'est le Jardin des connaissances. Qu'à cela ne tienne. Il nous en reste plein et il nous reste trois semaines !








Quand nous aurons tout peint, nous fixerons aux murs nos silhouettes d'arbres et de feuilles et nos petites abeilles. A la mi-juin, sans doute. 

Aujourd'hui d'ailleurs, les instituteurs de l'école maternelle sont entrés dans la danse :  avec leurs classes, il peindront sept arbres et des dizaines de feuilles, quelques abeilles aussi, pour raconter au quartier comme on apprend en classe.

En attendant, samedi matin, le passage s'est animé de dames enchapeautées : pour ce premier Feuilleton du Jardin des connaissances, les comédiennes Veronika Ovchinnikova et Anne Brissier sont venues raconter les premiers chapitres de Tistou les pouces verts de Maurice Druon dans le bas du passage.Plus de vingt minots étaient venus accompagnés de leurs parents pour écouter les quatre premiers chapitres. 
Après l'histoire, ils ont peint tous ensemble des feuilles et des fleurs de papier pour les murs du passage. On vous les montrera au prochain épisode qui aura lieu samedi, dans le passage Beslay (ou à la Librairie la Tête ailleurs, s'il pleut).
A bientôt.
ARySQUE pour le Collectif Beslay



mercredi 10 mai 2017

Les Feuilletons du Jardin des connaissances



Dès son origine, le projet de transformation du passage Beslay ne visait pas seulement à décorer et à jardiner, mais aussi - et surtout - à créer au milieu des écoles, une dynamique de partage autour de la culture, de l'art et des apprentissages. 
Jardin de plantes et de couleurs, mais aussi jardin de mots, le Jardin des connaissances commence donc cette semaine ses premières animations publiques avec un programme de littérature jeunesse : Les Feuilletons du jardin des connaissances.

A l'origine de cette initiative, une comédienne du quartier, Veronika Ovchinnikova. Son idée ? Proposer aux enfants du quartier des lectures à deux voix et en plusieurs épisodes. 

Ainsi, à 11h15, les samedis 13 et 20 mai, Veronika viendra lire  dans le passage Beslay, les premiers chapitres du roman Jeunesse de Maurice Druon, Tistou les pouces verts. Elle sera accompagnée par Anne Brissier, également comédienne et lectrice sur France Culture.

A l'issue de chaque séance de lecture, les enfants seront invités à dessiner autour de ce texte, sur des feuilles de papier découpées en forme de feuilles ou de fleurs que nous collerons sur les murs des écoles dans le courant de la semaine suivante. Ainsi, nous pourrons mieux nous souvenir des épisodes précédents chaque fois que nous reprendrons le récit. Ces ateliers de dessin seront animés par l'artiste conceptrice du projet (accessoirement moi-même) ARySQUE.

Bien entendu, le Jardin des connaissances ayant vocation à porter la culture auprès de tous et notamment auprès des publics qui y ont le moins accès, ces séances sont gratuites. A partir de 3 ans et sous la responsabilité des parents.

Merci aussi à la Librairie La Tête ailleurs qui nous accueillera dans ses murs en cas de pluie et merci à La Bel'Recup' qui prêtera ses fauteuils colorés à nos lectrices.

A samedi matin, à Paris dans le XIe.



jeudi 4 mai 2017

Les petits ruisseaux, les grandes rivières


© Les enfants de l'école Pihet, avec Ludivine et Isabelle

Ils sont venus avec des pelles et des pots et ont soigneusement déterré les géraniums vivaces qui avaient pourtant voyagé longtemps pour venir jusqu'ici
Les offrandes des voisins bienveillants sont également portées disparues à la suite de ce carnage.

Aïe ! Encore un coup porté à l'équilibre précaire de ce jardin tout frais !
Mais vrai ! Quand on cultive son jardin, on ne compte ni ne photographie les fleurs qui fanent ou disparaissent, grignotées quelquefois par des rats trop gourmands : on se réjouit de celles qui naissent. C'est ainsi, c'est dans l'ordre des jardins : celui du pollen.

D'ailleurs, un premier feuillage est sorti ces jours-ci, au contenu onusien. 
Qu'on se le dise : dans le Jardin des connaissances, les Droits de l'homme bourgeonnent progressivement sur les murs de l'école républicaine


 ©ARySQUE

Et puis surprise : là, au sud du passage, sur le mur tout en bas de l'école maternelle, au pied des fleurs civiquacées et de l'arbre à coccinelles, a jailli un ruisseau qui foisonne de poissons multicolores.




Le plus étonnant, c'est que ces poissons ne sont pas juste de très jolis-poissons. 
Il suffit qu'on les réunisse pour qu'ils déclament des vers ! 

Pour le moment, un seul a parlé.
Patience ! Les poissons-poètes du Jardin des connaissances viennent seulement d'arriver. 


© Issia

Peut-être attiré par ce chant d'un poisson que les papillons charment, un jeune indien discret est venu voir pousser ce jardin plein de mots.



Un peu plus haut, à 150 millions de kilomètres, le soleil a lui aussi tourné la tête vers le passage Beslay…

Voilà qui devrait nous aider à progresser dans le printemps.