jeudi 6 juillet 2017

Maintenant qu'il est né, "il faut cultiver notre jardin"


Fin d’après-midi dans le passage Beslay. Mardi soir.
L’ombre d’un ailante — ces grands arbres qui rafraîchissent le passage les mois d’été — se dessine délicatement couleur sépia sur le pignon qui ferme au nord la petite placette devant l’école maternelle. Comme un soleil sur un dessin d’enfant, il surligne dans son bord supérieur droit, ce mur que nous venons d’habiller.
Bienvenue dans le Jardin des connaissances !

Flashback.
Lorsqu’en décembre dernier, je présentais aux autres membres du Collectif Passage Beslay, le projet de création du Jardin des connaissances, j’avais découpé la partie piétonne en deux espaces : au nord, l’allée des connaissances ; au sud le Jardin des connaissances. Pourtant, jusqu’à ce mardi soir, je restais sur ma faim : l’allée et le jardin se ressemblaient trop. Je n’avais pas réussi à suffisamment différencier ces deux espaces.

Et puis, le 26 juin, sont arrivées les premières fleurs gigantesques créées par les travailleurs handicapés de l’Esat-Anrh Maurice Pilod avec Marie, leur professeur d’arts-plastiques. 


D’abord, elles me désorientèrent par leur taille démesurée, avant de m’éblouir par leur gaité et leur liberté. 
Pourtant, j’étais embarrassée. Je craignais de manquer de place, que l’équilibre soit rompu et que les travaux des enfants, plus légers, ne soient étouffés par l’éclat de ces créations. Je comptais toutefois sur un joker : il restait un pignon à peindre au dessus des jardinières du fond, pour lequel nous avions demandé l’autorisation de coller à la copropriété. L'assemblée générale se réunissait le soir même…

Bingo ! Le 27 juin autour de 18h30, alors que nous dressions la table pour accueillir les convives de la soirée Hommage à Jean Zay, Magali m’annonçait que "oui, OK pour tout : le collage tout de suite et une treille l’année prochaine."

Alors, malgré la pluie qui nous a cernés toute la semaine, on a dignement inauguré le Jardin des connaissances : on a rendu hommage à Jean Zay et on a fêté l'été avec Yu Man qui dort désormais à la librairie la Tête ailleurs. On l’a promené de Beslay au jardin partagé Truillot et avec lui, on a continué à créer pour les murs du passage, en dessinant sur des fleurs ou sur la nappe.










On était super motivés ; nous savions qu’on ajouterait un cadeau Bonus avant de partir en vacances: créer quelque chose tout de suite sur le mur du fond, pour que cela ressemble de toute évidence à un jardin peint, pour que ça saute aux yeux dès la rue de la Folie-Méricourt ; pour qu’on ait là, un jardin et là-haut, une allée. 

Ainsi, hier et avant-hier, avec Margot et Alexandre R., on a collé les derniers dessins et textes, réparé ce qui avait été saccagé et renforcé ce qui devait l’être. Ce matin, je savoure la fin de ma mission, même si je sais qu'elle ne s'arrêtera pas vraiment avant longtemps. Et je suis comblée : les enfants et les parents sont heureux, les personnes âgées se réjouissent des murs qui changent, on ralentit le pas dans le passage pour lire les murs. 
Mieux encore, on redécouvre la beauté du passage Beslay. Désormais, au Jardin des connaissances, nos yeux se promènent sur les pierres et l’on remarque enfin les ombres que dessinent les ailantes sur les façades du passage. Ces murs sont des écrans où la lumière danse et quand le soleil rase les toits de la rue de la Folie-Méricourt, c'est un enchantement de feuillage !

La création du Jardin des connaissances est donc terminée. Merci encore une fois à tous ceux qui ont créé les plantes de ce jardin au fil des mois. Et merci aussi aux street artistes qui sont venus enrichir ce jardin : Fred Le Chevallier, Le Bichon, Low et ceux dont j'ignore le nom. C'était un bonheur de vous découvrir comme des fleurs inattendues.

Mais qu'on se le dise : c'est maintenant que tout commence. Maintenant que le Jardin des connaissances est né, nous avons la responsabilité d'en prendre soin. Il en va toujours ainsi avec les jardins.

Parce qu’on ne va pas se mentir : le Jardin des connaissances est exposé aussi à des vents mauvais. On y boit, on y fume, on y squatte, on y pisse, on y saccage… Seules les fleurs sauvages ont pu croître, les autres ont été systématiquement pillées ou arrachées. Trois arbres décorés ont dû être réparés ainsi que plusieurs feuilles et des abeilles, un arbre n'a pas pu l'être, etc. 
C’est pour cela que le Jardin des connaissances n’est pas une œuvre statique, pour cela que c’est un jardin : nous savons que ses plantes, végétales ou peintes, peuvent périr et devront être remplacées. Nous savons qu’il faudra en prendre soin.

C'est pour faire vivre ce jardin, qu’à la rentrée, nous engagerons de nouveaux projets, notamment pour végétaliser davantage et mieux devant l’école maternelle, et pour continuer de raconter les écoles et le quartier en poétisant les murs du passage. 

En attendant, soyons tous vigilants. 
Alors si, cet été, quand les écoles seront fermées, vous trouvez dans le passage, des branches d’arbres ou des feuilles décorées par les enfants qui auraient été arrachées, merci de les déposer à La Bel Recup’, juste en face du passage dans la rue de la Folie Méricourt, ou à la librairie La Tête ailleurs (42 rue de la Folie Méricourt). 
Quand on récupère les morceaux, souvent, on peut réparer. A défaut, c'est plus compliqué.


Surtout merci à tous. 
Vous tous, mes chers voisins et désormais compagnons de jardinage, amis de cœur (de la fleur). Merci d'avoir rendu possible cette création collective qui révolutionne — je crois pour longtemps — mon approche artistique. Vous n'avez pas idée de l'immense bonheur qui m'étreint quand je pense à ce que nous avons créé ensemble : du lien social, la fierté des écoles, des enfants et de leurs parents…  
Surtout, il me semble qu'en créant ce jardin, par le truchement imprévisible de l'art, un quartier tout entier, avec les écoles et l'implication de multiples acteurs généreux et soucieux de vivre ensemble, a repris possession d'un bout d'espace publique. C'est juste énorme ! 

Ah Socrate tu as tord ! L'art est excessivement utile. C'est le poète qui a raison : "Dans nos ténèbres, il n'y a pas une place pour la beauté. Toute la place est pour la beauté. (René Char)".
Bienvenue au Jardin des connaissances.
ARySQUE

mardi 4 juillet 2017

Passage Beslay for ever

La transformation du passage Beslay c'est une histoire ancienne, actuelle et surtout pleine d'avenir. Et c'est avant tout une histoire de femmes, d'hommes et d'enfants du quartier et même d'ailleurs.

©ARySQUE; Hommage à Jean Zay, Le Jardin des connaissances, Passage Beslay, 2017. 

Une histoire ancienne qui traduit la volonté continue des habitants du quartier 
D'abord, c'est l'histoire de Charles Beslay. 
Entrepreneur breton et républicain, il avait installé son atelier de construction de chaudière de locomotive au 17, rue neuve Popincourt, à l'angle de l'actuel passage Beslay. Très populaire, il fut élu Député de Pontivy sans même se présenter. Il fut ensuite président de la commune de Paris en sa qualité de doyen d'âge. Enterré au Père Lachaise, il repose maintenant en haut du boulevard des coccinelles que nous voulons construire.

Plus récemment, c'est l'histoire de Monique, de Louis, de Daniel, de Marianne, et de tous ceux du Conseil de quartier et des école, et aussi celle des parents engagés dès la première heure pour améliorer le passage Beslay, en y installant les premières jardinières et en organisant les premières fêtes du passage.


Une histoire actuelle et collective qui traduit l'identité du quartier : le faire ensemble de gens d'horizons divers 


Le passage Beslay, c'est aujourd'hui l'histoire d'ARySQUE, de Véronika et de tous les artistes, en herbe ou confirmés, qui ont cru qu'un “notre” passage était possible
C'est l'histoire d'Isabelle, d'Hélène, de Laurette, de Sylvie, de Ludivine et de Katia, des instituteurs de Beslay et de tous les personnels des communautés éducatives des deux écoles.
C'est l'histoire de Demba, de Léolu, de Raphaël et des sans domicile habitant dans le jardin des moines de Tibhirine.
C'est l'histoire de Djaffar, de Sokuba, et de tous les travailleurs handicapés de l'Esat Anrh Maurice Pilod.

C'est surtout l'histoire de Leïla, d'Octave, d'Anatole et de tous les enfants des écoles Pihet, Beslay et du Petit d'Homme qui ont participé à la création du Jardin des connaissances.
 
C'est l'histoire d'Isabelle, de Maryse et de Sophie, d'Arnaud et d'Axel, de Lionel et de Victor, de Gaellia et de tous les commerçants, en particulier ceux de la rue de la Folie-Méricourt
C'est aussi l'histoire de Francois, de Joëlle, de Victor et de Lola, de la SLA et de tous les élus et services de la mairie du 11e arrondissement de Paris qui nous en prêté main forte.
C'est l'histoire d'Alexandre, d'Hélène et de Delphine et de tous les parents d'élèves.

Toutes ces personnes ont construit le Jardin des connaissances avec la volonté  de faire quelque chose ensemble pour améliorer le quartier.



Chorale des enfants de l'école Pihet dans le passage. 
Au premier plan, de g. à d., Hélène Mouchard-Zay,  Joelle Morel, élue aux espaces verts, et François Vauglin, maire du 11e

Une histoire pleine d'avenir qui traduit une démarche d'ouverture et d'interdisciplinarité 
Pour l'avenir, c'est l'histoire de Jean Zay, ministre de l'éducation nationale et des Beaux-Arts du gouvernement du Front populaire conduit par Léon Blum.
Jean Zay représente l'avenir grâce à son travail très moderne, croisant plusieurs disciplines, participant à la démocratisation du système scolaire et de la culture, et en se fondant sur la confiance dans les initiatives locales et des innovations.
Nous lui avons rendu hommage pour l'ouverture de ce jardin et sommes très fiers de la présence de sa fille Hélène, qui a témoigné de sa solidarité avec ce projet de Jardin de connaissances.

C'est un morceau de son histoire aussi

Pour conclure, le Jardin des connaissances c'est l'histoire de tout un quartier, chacun pouvant apporter sa pierre à l'œuvre collective. Alors engagez-vous pour mieux vivre ensemble et améliorer notre quotidien !


Alexandre

vendredi 23 juin 2017

Inauguration du Jardin des connaissances J-4

Passage Beslay - Le Jardin des connaissances (mur des droits de l'Homme)

Tout à coup, quelque chose qui se préparait depuis un moment se mit à fleurir à un rythme accéléré sur les murs de l'école maternelle. Avec l'aide de la Section Locale d'Architecture de Paris, d'Alexandre R. et de Margot, nous avons fixé, une à une, des silhouettes en bois peintes par les enfants des écoles Pihet, Beslay et le Petit d'Homme, et par le quartier : arbres, feuilles, abeilles.
A mesure que nous avancions dans nos travaux, les passants souriaient un peu plus grand… Je crois qu'on a fait quelques heureux et beaucoup de curieux, de tous âges et de tous horizons.

Parce que quand les enfants sont sortis de l'école, bon nombre d'entre eux se mirent à chercher leurs propres dessins, leurs mots, leurs noms pour les partager fièrement avec leurs parents, leurs frère et sœur, les baby-sitters… 
Et ce n'était pourtant pas encore fini : d'autres silhouettes devaient encore venir, et des collages aussi…



Hier, les travailleurs handicapés de l'Esat-ANRH Maurice Pilod sont venus poser la dernière jardinière. Ils y ont peint une fleur et les enfants ont terminé le travail avec force pochoir. 


Avec Djafar et Sokuba qui avaient encore un peu de temps, on a commencé à investir de chansons et comptines les petits pans de mur de l'école maternelle.




Et enfin ! ce matin, les trottoirs crottés étaient à leur tour gagné par la floraison estivale. 
Au déjeuner tout à l'heure et pour la première fois, des enfants de 3 à 6 ans ont découvert avec surprise les fleurs qui les guidaient jusqu'à l'école élémentaire pour aller déjeuner.



Il ne reste qu'un dernier collage conséquent et sans doute quelques petites surprises, d'ultimes silhouettes pour les derniers équilibres et l'on déclarera le Jardin des connaissances ouvert. 
En fait, c'est maintenant que tout commence, parce qu'un jardin se jardine années après années.

On vous raconte tout sur ce qui a été fait et sur ce qu'on veut poursuivre et engager, une première fois, mardi 27 juin
On le fera dans le passage et en hommage à Jean Zay dont on lira des textes. On le fera avec sa fille et avec le maire du XIe, François Vauglin. On le fera aussi avec les enfants de l'école Pihet qui, sous la direction de leur prof' de musique Marie-Angella Epiter, nous offrent de chanter dans ce passage Beslay transformé, leur chorale de fin d'année.

Rendez-vous le 27 juin à 19h passage Beslay. 
Si vous n'êtes pas libre ou si vous en voulez encore, il restera deux dates la semaine prochaine dans le cadre de la Quinzaine du Développement durable pour fêter le Jardin des connaissances : le 30 juin à la Librairie La Tête ailleurs pour tout comprendre de la démarche artistique et solidaire qui a guidé cette création, et le 1er juillet entre Beslay et Truillot pour faire la fête et entamer la suite. On vous en dis plus dans les jours qui viennent.




En attendant, vous pouvez consulter (et partager autant que possible) le dossier de presse du Jardin des connaissances.

mercredi 31 mai 2017

Du vent, Tistou et une ruche


Des élèves de CP visitent le passage Beslay

Est-ce l'effet des vents forts des récentes semaines ?
Ou bien est-ce ce vent nouveau qui souffle dans le quartier Popincourt ? Ce vent qui réunit laïques et paroissiens pour rendre hommage aux moines de Tibhirine ? Celui qui regroupe tout le monde autour d'un banquet solidaire organisé par le Jardin partagé Truillot et la paroisse Saint-Ambroise, avec le quartier et ceux qui passent au square leurs jours et parfois même leurs nuits ? 

Oui. Ce doit être ce vent-là qui souffle aussi sur le Jardin des connaissances, disséminant ses graines un peu partout…


Tonton Demba avec Julia et Miguel (Le Carillon)

Raph posant les premières couleurs sur l'arbre 
du quartier qui sera fixé sur le mur de l'école Pihet

Leolu dessine le Jardin partagé Truillot et devrait nous rejoindre 
avec des oiseaux à peindre pour les ateliers dessins du Jardin des connaissances. 

Mais tout de même : vous avez vu la vitesse à laquelle les fleurs éclosent ? Une semaine ! deux, tout au plus ! C'est totalement aberrant, non ?!

A moins que…

A moins que ce vent-là porte la voix des comédiennes enchapeautées et que Tistou, du coup, s'en mêle et pose ses pouces verts sur les murs et dans les jardinières !




 



Je vous l'accorde, rien d'extraordinaire ici : ce printemps, on s'est habitués à l'arrivée intempestive de nouvelles espèces dans le passage Beslay  (ci-dessus, feuilles d'histégées). 

Mais, expliquez-moi un peu ce mystère : moins d'une semaine après le premier épisode du Feuilleton du Jardin des connaissances consacré à Tistou,un généreux massif de fleurs colorées surmontées d'une isolée blanche aux pétales bavards, a poussé sur le mur de la maternelle, côté rue de la Folie-Méricourt. Voilà donc le Jardin des connaissances qui déborde du passage, avec ces massifs de synopsées, ainsi nommées parce que la fleur blanche résume toujours les chapitres lus pendant l'épisode d'un feuilleton. A les regarder, on se dit que les gamins qui dessinent à l'issue de la lecture doivent eux avoir des pouces de toutes les couleurs !



Synopsées du premier épisode de Tistou. ©les enfants et ARySQUE

"Rhââ Lovely !", comme disait ce cher Gotlib, grand amateur de coccinelles comme nous autres, parce qu'en plus, ce n'est pas terminé. 

En effet, quelques jours plus tard, les travailleurs handicapés de l'Esat sont venus semer quelques graines dans les jardinières, et hop ! Non seulement elles ont germé rapidement mais, comme si cela ne suffisait pas, les enfants de six classes de l'école maternelle Beslay sont en ce moment en train de raconter sur des arbres, des feuilles et des abeilles en bois, ce qu'ils apprennent en classe ! 




 Dans la classe des petits et moyens de Valérie (école Beslay), 
présentation du projet aux enfants avant l'atelier de peinture

Avec les centres de loisirs,
 la classe de CP de Katia à Pihet, l'école le Petit d'homme et le quartier, ça nous fera 11 arbres et des dizaines de feuilles et d'abeilles en bois peint pour le Jardin et l'allée des connaissances ! 
Le premier a été commencé hier au banquet partagé… On essaie de le terminer aujourd'hui avec l'Esat !


 





Euh… désolée… Je n'ai pas fini. 

Je sais que je suis un peu longue mais… vous ne savez pas l'essentiel. 
Parce qu'en fait, le Jardin des connaissances ce n'est plus simplement un jardin peint et planté dans le passage Beslay. 
Désormais, nous y avons une ruche de bonnes volontés dont les abeilles se baladent. Elles butinaient déjà pas mal au jardin partagé, mais là, elles se sont carrément installé et, régulièrement, ça bourdonne. 

Qu'on se le dise : désormais les Feuilletons du Jardin des connaissances se tiendront les samedi matin à 11h15, dans le jardin des moines de Tibhirine, devant l'église Saint-Ambroise (et à La Librairie La tête ailleurs, s'il pleut). 
Assis dans l'herbe, on écoute les comédiennes raconter l'histoire de Tistou en parlant quelquefois avec les oiseaux. Ensuite, on décore des fleurs et des feuilles qui poussent sur les murs du passage Beslay. 



Veronika Ovchinikova résume l'épisode 2

Anne Brissier et Véronika

Avec Solange Wotkiewicz, lecture du troisième épisode

Ainsi, notre ex-triste passage prend peu à peu des couleurs. Serait-on sur le point de gagner ce pari fou? Faire de ce lieu un espace d'expression partagée pour tout un quartier? Voyez, là, tout en haut de ce long article, comme des enfants de CP de l'école Froment venus nous rendre visite à Truillot et Beslay hier matin, s'amusent à découvrir les tables de multiplication sur les mathématicées ?!

Alors vous aussi, venez de temps en temps dans le passage Beslay et cherchez les nouvelles traces que laisse le vivre-ensemble en mode quartier Popincourt.

Et venez nous voir aussi au Jardin partagé. 
Même si nous ne sommes pas là, vous avez de grandes chances de rencontrer Demba qui vous expliquera l'essentiel. Le plus souvent, vous le trouverez dans la bibliothèque de Tatie Amélie, partagée bien sûr, et mitoyenne à la cabane du jardin.

mardi 16 mai 2017

Passage des poètes…



Quelle semaine dans notre petite portion du quartier Popincourt ! 

Elle a démarré sur les chapeaux de roues avec un rendez-vous dès le lundi matin pour organiser les prochaines semaines de collaboration avec les travailleurs handicapés de l'Esat
Dans la foulée, il a fallu récupérer les silhouettes en bois découpé : à l'aide d'un diable, je descendais donc deux fois la rue Popincourt et la remontais chargée d'arbres et de feuilles que les passants suivaient d'un regard intrigué. 
En parallèle, on créait, on imprimait et on diffusait les flyers et les affiches pour le premier Feuilleton du Jardin des connaissances. Dans le même temps, on organisait un pique-nique pour la fin de semaine dans le jardin partagé Truillot avec une classe de l'école Le Petit d'homme. A cette occasion, nous devions ouvrir le premier atelier dessin du Jardin des connaissances et j'avais encore un peu de pain sur la planche.

Mercredi, nous nous sommes mis à l'ouvrage dans le passage. 
Au matin, nous nous sommes retrouvés avec les travailleurs de l'Esat. Accompagnés par leur éducatrice Suzon, ils étaient quatre, entabliés et gantés, ponçant à qui mieux mieux les jardinières du fond. Il y avait là :


  

Initialement, nous avions prévu de peindre les bacs la semaine suivante avec les enfants ; mais, sortis l'après-midi pour quelques collages, ces derniers n'ont pas résisté en découvrant que les jardinières étaient prêtes à peindre. Ainsi, pendant que l'on collait sur les murs les prénoms de ceux qui avaient préparé le travail le matin, un petit groupe est retourné dans l'école, a pris quelques pots d'acrylique et en une demie-heure de petites mains armées de pinceaux et de rouleaux, l'affaire était pliée : vert, jaune, bleu, comme pour les bacs au sud du passage, ceux-là même où nous venions de planter les fleurs des quatre saisons créées par les enfants de la maternelle. 






Dans le même temps, avec les plus grands, nous nous sommes occupés des façades des écoles, en commençant par celle de l'école Pihet. 
Au nord, dans l'Allée des connaissances, nous avons poursuivi le mur des Droits de l'homme sur lequel fleurissent également, en un subtil mélange, les fleurs mathématicées. C'est qu'ici on se plaît à écouter le savoureux Rabelais : "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme".



Puis, côté Jardin des connaissances, j'ai lu aux enfants un poème du massif de fleurs versificacées qui avait poussé là : le massif Desnos et ses cinq fleurs-poèmes. 
J'avais choisi Les Hiboux et me suis amusée de voir les sourires grandir sur le visage des enfants à mesure que je répétais le son "hou" à chaque vers. 
Quand j'eus fini, l'un des garçons s'est exclamé : "moi j'aime trop celui de la foumi !". Alors comme ça, spontanément et en chœur, ils se sont mis à réciter "Une fourmi de 18 mètres avec un chapeau sur la tête…"   Certains, ceux qui savaient bien lire, s'aidaient discrètement de la versificacée contenant ce poème comme d'une antisèche et tous étaient ravis. Les adultes tout autant : les enfants aiment la poésie ? Et bien qu'ils s'en gavent dans le Jardin des connaissances !!!!



Un peu plus bas, sur le mur d'en face, celui de l'école maternelle avec ses petits carreaux noirs et gris piqués de rose pâle, une hirondelle rustique est venue voler au-dessus des poissons-poètes. A dire vrai, on croirait qu'elle plonge rejoindre son poisson-poète…



Au soir, bien sûr, nous sommes rentrés fourbus. 

Mais jeudi, je m'armais de bombes colorées. "C'était Paris sous les bombes" dans mon atelier où les silhouettes en bois s'entassaient un peu partout. Ici les arbres, ici les feuilles de chêne, de peuplier, d'érable, etc., là les abeilles.


Vendredi matin, à 11h30, l'atelier dessin du Jardin des connaissances était prêt à accueillir ses premiers créatifs : des enfants de CM1-CM2 de l'école du Petit-d'homme qui, depuis deux ans, travaillent sur l'arbre et auxquels j'allais demander de nous aider à créer notre jardin peint.



Ce fut un immense moment d'échange et de partage avec les enfants et ceux qui squattent ici, et notamment avec Raphaël, origamiste, qui avait accroché ses oiseaux et ses poissons multicolores à la treille fabriquée par Demba et les autres habitants du jardin. 
L'après-midi, Raphaël allait passer du temps — dans le square puis en classe après que l'orage nous ait chassés — à apprendre aux enfants à créer leur propre origami. 
En fin de journée, dans l'école du Petit d'homme, plein de petits poissons colorés étaient nés. J'espère qu'ils rencontreront bientôt les poissons-poètes du Jardin des connaissances.



Dans l'atelier dessin, on ne chômait pas non plus et, à la fin du jeu, j'emportais dans mon panier de bien belles feuilles de bois pour les murs du passage Beslay. Je n'eus qu'un seul regret : que la pluie soit arrivée avant que d'autres travailleurs de l'Esat aient pu peindre leurs feuilles et ajouter leur signature à cette œuvre plurielle qu'est le Jardin des connaissances. Qu'à cela ne tienne. Il nous en reste plein et il nous reste trois semaines !








Quand nous aurons tout peint, nous fixerons aux murs nos silhouettes d'arbres et de feuilles et nos petites abeilles. A la mi-juin, sans doute. 

Aujourd'hui d'ailleurs, les instituteurs de l'école maternelle sont entrés dans la danse :  avec leurs classes, il peindront sept arbres et des dizaines de feuilles, quelques abeilles aussi, pour raconter au quartier comme on apprend en classe.

En attendant, samedi matin, le passage s'est animé de dames enchapeautées : pour ce premier Feuilleton du Jardin des connaissances, les comédiennes Veronika Ovchinnikova et Anne Brissier sont venues raconter les premiers chapitres de Tistou les pouces verts de Maurice Druon dans le bas du passage.Plus de vingt minots étaient venus accompagnés de leurs parents pour écouter les quatre premiers chapitres. 
Après l'histoire, ils ont peint tous ensemble des feuilles et des fleurs de papier pour les murs du passage. On vous les montrera au prochain épisode qui aura lieu samedi, dans le passage Beslay (ou à la Librairie la Tête ailleurs, s'il pleut).
A bientôt.
ARySQUE pour le Collectif Beslay